Archives – 2012

Monique Deregibus, Benoît Laffiché
Limites

08.09 - 31.10.2012

En montrant les travaux de Monique Deregibus, de Benoît Laffiché et de Till Roeskens, LE CAP - Centre d'arts plastiques de Saint-Fons propose une exploration de territoires – pour la plupart situés dans la région méditerranéenne – dont la délimitation des contours ou des frontières renvoie à des événements historiques et des conflits dont les tensions et les conséquences géopolitiques, humaines et sociales se font encore sentir. Ligne verte et quartier de Varosha à Chypre, Espace Schengen et Détroit de Gibraltar, Oblast de Kaliningrad et quartier Consolat-Mirabeau de Marseille définissent des zones tampons, regroupent ou isolent des populations, déterminent ou contrôlent leurs flux.  C’est le plus souvent sous l’angle du paysage, naturel et urbain, que les artistes abordent tout l’arbitraire, la violence et la complexité des conséquences de ces tracés et regroupements. Ils renoncent néanmoins à la perspective traditionnelle – vision unique et englobante - pour adopter des points de vue pluriels et mobiles mieux à même de réactiver le potentiel mnémonique, fictionnel, voire mythologique de ces paysages.  Benoît Laffiché utilise la métaphore botanique (Strait of Gibraltar) ou trois plans fixes de la mer (Sud Schengen) pour créer une autre cartographie des lieux les plus emblématiques où se polarisent les flux migratoires mais suggère également une contradiction entre une nature faisant fi des frontières et les tentatives de contrôle de ces flux.  Till Roeskens élabore une cartographie du quartier Consolat-Mirabeau de Marseille non plus à partir du point de vue, surélevé et globalisant, du plan, mais de l’intérieur même des récits des habitants. A la croisée du documentaire et du conte, on assiste en direct au développement, erratique mais quasi organique, d’une représentation « vaste comme un paysage, légère comme une carte », dont la matière première est la parole.  Dans les photographies de Monique Deregibus, c’est l’omniprésence de la ruine (minérale, végétale et architecturale) qui dénote l’entropie, la déréliction post-coloniale et post-industrielle, à laquelle sont progressivement voués certains territoires mais également le souvenir persistant de l’histoire et de ses mythes.  En s’attardant sur des espaces mis entre parenthèses, que les conflits politiques et les pressions économiques ont rendu invisibles, inaccessibles ou marginalisés, c’est bien une pensée et une vision singulières de l’Europe, dans ses liens historiques et actuels aux continents limitrophes, que les trois artistes nous soumettent ici.

Celebration of the Body # 2 (CoB#2)
Remise en forme d'une exposition

05.06 - 13.07.2012

Jérôme Bel, Niccolo Boldrini, Giulio Bonasone, Ludovic Burel et Ju Hyun Lee, , Stephane Déplan, David Dupont, Simon Fravega, Clarisse Hahn, Auguste Hesse, Fabrice Lauterjung, Edouard Levé, Emilie Parendeau, Noëlle Pujol, Vincent Sabatier, Franck Scurti, Hito Steyerl, Jean-Luc Verna, Artur Zmijewski.

Commissaire d'exposition : Fabien Pinaroli

LE CAP - Centre d'arts plastiques de Saint-Fons et le Musée des Moulages de l’Université Lumière Lyon 2 ont invité Fabien Pinaroli à réactiver de manière assez libre une exposition historique de 1976 à l’occasion des Jeux Olympiques de Montréal. Celebration of the Body (CoB) avait été organisée par N.E. Thing Company, l'entreprise conceptuelle de l’artiste canadien Iain Baxter et de sa femme Ingrid. CoB donnait à voir un corps sous toutes ses formes, artistiques, sportives, médicales et quotidiennes. Elle proposait une exposition, une série d'événements et de projections de films, aussi bien des documentaires, du body art que la retransmission en direct des JO. Le regard de Iain Baxter sur le corps en présentait une radiographie décomplexée dans le sport, dans l'art et partout ailleurs. Non hiérarchique, l'exposition montrait à égalité les œuvres réelles et des reproductions photographiées dans des livres. Le collage, le montage et les légendes faisaient le reste. Le projet CoB#2 propose une série de réflexions alternant expositions et journées d'études et créant un lien entre la région Rhône-Alpes et Londres où se déroulent les Jeux Olympiques 2012. CoB#2 : remise en forme d’une exposition rejoue Celebration of the Body en l’actualisant. L’esprit non hiérarchique de l’exposition de 1976 est réinvesti en organisant un amalgame de pratiques et de formes. S'inspirant de l'exposition de 1976 le but est de radicaliser quelques principes Baxtériens : la périphérie, l’hétérogénéité, le décadrage, la reproduction. Les JO de Londres seront présents car certains artistes contemporains invités se penchent sur les nouvelles perceptions du corps, modelé aussi bien par de nouvelles pratiques physiques et les performances toujours dépassées, que par la médecine et le regard des médias. Si Iain Baxter& revendique ouvertement l'influence de McLuhan, d'autres cadres théoriques peuvent aujourd'hui relayer ceux du milieu des années 70 : le cadre biopolitique et en biomédical dans lequel le sport se pratique, ainsi que celui de l'histoire, de la sociologique ou de la psychologie du sport qui sont en pleine expansion. Un travail participatif est mené en amont par Fabien Pinaroli avec un groupe de sportifs adultes de la Ville de Saint-Fons. Certains décalages et décadrages suggérés par les artistes invités (brouillage entre pratique amateur et pratique professionnelle, transformation des règles, pratique de nouveaux sports, etc.) permettent pendant divers ateliers (performance, audio-visuel) de travailler une certaine conscience critique de la pratique du sport, de la représentation de soi. Les protocoles proposés testent la limite fluctuante entre un accomplissement recherché naturellement et le dépassement de soi ; ils révèlent la contamination de l’esprit de compétition dans tous les domaines de notre vie quotidienne et aboutissent à une forme d’autoportrait qui trouve sa place au sein de l’exposition.
Audrey Nervi
Mov…vie

09.02 - 14.04.2012

Tous les deux ans, Audrey Nervi nous livre sous la forme d’une série d’une vingtaine de tableaux le journal de bord d’une culture, celle des free parties et des travellers puis, dans son évolution plus récente et plus politique, des altermondialistes. L’enchaînement des séries n’est pourtant jamais chronologique mais précisément agencé afin qu’un réseau d’associations fasse émerger de nouvelles thématiques transversales. C’est ainsi que « MOV…VIE », la nouvelle série proposée au CAP - Centre d'arts plastiques de Saint-Fons, déroule ses motifs en progressant du sujet le plus intime (relations amoureuses ou familiales) au plus politique (évocation de la guerre, manifestations, etc.). Si l’iconographie ne craint ni une franche crudité ni de frôler le kitsch, elle se complexifie aussi d’ambivalences, d’humour et de métaphores à plusieurs entrées (l’animalité comme substitut de l’humanité, le « high and low », etc.). L’artiste s’inscrit surtout dans une lignée de peintres, du XIXe au XXIe siècle, pour qui la photographie préside au travail pictural, ici enrichi du procédé du montage (photographique et filmique). La peinture reste pourtant toujours prédominante et s’interpose entre le réel et sa transmission photographique : elle voile l’image d’un sfumato qui met en doute l’évidence du motif en occultant le lisse ou le glacé de la photographie, alors reléguée au second plan. Car si l’art d’Audrey Nervi reste en prise avec le réel, il ne s’agit pas pour elle de le rendre plus lisible mais différemment visible.
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