Archives – 2013

Jean-Baptiste Sauvage
A.P 43° 11' 99" N / 05° 13' 90" E

22.11.2013 - 01.02.2014

L’art de Jean-Baptiste Sauvage demeure bel et bien « contextuel » dans la mesure où il s’ancre dans une réalité ou un territoire donné, y réagit ou y répond, voire les contredit. Pourtant, l’artiste s’est progressivement distancié de l’esthétique du constat de ses premières interventions in-situ et premières images, au profit d’un détournement ou retournement des formes, motifs ou objets ayant capté son attention. Par cette distanciation, sa réflexion sur les idéologies et les dysfonctionnements dénotés par la formalisation et la « pictorialisation » de nos espaces de vie s’ouvre à un plus vaste réseau de renvois et de références au profit d’une vision moins fonctionnaliste mais plus esthétique, c’est-à-dire ici méditative et spéculative. Au CAP, il présente deux nouveaux corpus.

L’ensemble de sérigraphies A.P 43° 11' 99" N / 05° 13' 90" E s’inspire d’un paysage marin. En associant la maîtrise de l’accident au procédé spécifique de la sérigraphie (un seul passage par couleur), l’artiste détourne les techniques de la photographie et de l’estampe au profit d’une démarche picturale. Un simple horizon en camaïeu s’ouvre alors à tout un champ de références artistiques, populaires et contextuelles étroitement entremêlées. L’image tout entière diffusée dans la couleur parvient à combiner une distanciation ironique face au genre traité (la marine, le coucher de soleil), et le passage du point de vue du paysage – la veduta extérieure et frontale – à une vision intériorisée, contemplative et perceptuelle, tendant à la disparition.

Plus contextuelle, une série de photographies nous montre des moules de masques de carnaval utilisés par les ingénieurs de la Vallée de la Chimie pour tester leurs nouvelles matières PVC. La prise de vue est frontale, l’objet décontextualisé est placé sur un fond rouge rappelant celui, « pompéien », des cimaises ou vitrines des musées du XIXe siècle. Cette figure carnavalesque du présent s’en trouve tout à la fois sacralisée et rejetée dans le champ de l’histoire et de l’anthropologie. En perdant leur valeur d’usage ludique et expérimentale, ces moules « transitionnels » de par leur participation à une mutation de la matière, se connotent d’une fonction rituelle à l’aura mystérieuse.

Jean-Baptiste Sauvage
Anna et Bernhard Blume 
Bilder aus einem Lebenslangen Fotoroman
Images du roman photo de toute une vie

07.09 - 31.10.2013

Anna et Bernhard Blume ont étudié à l’Académie de Düsseldorf (Allemagne) dans les années 60, à l’époque de l’enseignement de Joseph Beuys et de Hilla Becher, puis Bernhard Blume poursuivra des études de philosophie à l’Université de Cologne où le couple choisira de résider. Précurseurs d’une certaine photographie mise en scène, à la frontière de la performance, leurs grands polyptyques ou séries induisent, avec un humour digne du cinéma muet, plusieurs niveaux de lecture : confrontation d’un couple d’artistes au chaos de la vie quotidienne, réflexion artistique et esthétique sur la modernité dont ils déconstruisent certains dogmatismes et, enfin, méditation plus complexe, philosophique et ontologique, sur l’existence humaine dans sa relation à son environnement, sur la persistance des êtres, des événements et des choses.

L’exposition d’Anna et Bernhard Blume au CAP - Centre d'arts plastiques de Saint-Fons proposera un véritable tour d’horizon de ce travail profondément inscrit dans l’histoire de l’art allemand mais très peu vu en France, en montrant des travaux compris entre les années 80 et les années 2000, ainsi qu’une grande série totalement inédite de dessins réalisés par Bernhard Blume au début des années 90.

Anna et Bernhard Blume
Damien Cadio
Arouille, Hastingues, Baigts, Pimbo, Memphis, Tupelo

01.06 - 20.07.2013

Dans les tableaux de Damien Cadio, tout concourt à nous dévier ou « dérouter » de l’image, au profit d’un basculement dans cette zone indécise que serait la peinture. Les œuvres condensent cet instant où l’image devient peinture, où le sujet mue en motif, où la temporalité immédiate du réel d’aujourd’hui s’augmente du temps étiré du faire pictural, mais aussi du passé de l’histoire de l’art. Si les sujets sont divers, on peut fréquemment distinguer une relation analogique ou métaphorique entre le motif et les problématiques picturales : les costumes et déguisements renvoient à un « travestissement » du réel par la peinture ; la présence récurrente des mains induit le toucher et donc la surface picturale ; les matières aquatiques ou organiques évoquent le potentiel de coagulation de la peinture à l’huile ; le décentrage du sujet, les regards dérobés ou démultipliés, les masques, visions horrifiques ou sidérantes, l’escarpement d’une montagne, font écran à une vision nette et frontale, troublent ou détournent le regard au profit d’une perception oblique et prolongée. Ce pouvoir de condensation de la peinture n’est pas sans rappeler celui du processus onirique : non que le tableau représenterait quelque rêve mais, dans les trajets du pinceau ou de la brosse, dans les infimes jeux de surface, la peinture construirait un espace où s’effectuerait une reterritorialisation du réel et de ses représentations, dans la simultanéité d’un passé et d’un présent étiré, de la menace et de l’enchantement, du plausible et de l’invraisemblable. Au CAP - Centre d'arts plastiques de Saint-Fons, l’artiste montrera une sélection de ses tableaux à l’huile les plus récents mais, également, un ensemble de dessins et de sculptures, autres facettes moins connues de ce travail.

Damien Cadio
Jesús Alberto Benítez
Le temps est le tigre

16.02 - 06.04.2013

Sous l’influence de groupes de Death Metal et de musique expérimentale électro acoustique, Jesus Alberto Benitez, né en 1978 à Valencia au Venezuela, prête très tôt attention aux subtilités de ses outils de travail. Alors guitariste dans un groupe, il explore les moindres variations de son instrument - pédales de distorsion, amplificateurs, cordes de guitares, qualités d’enregistrement, textures de son. Bercé par le grindcore de Napalm Death et le speed metal de Slayer, Benitez veut devenir musicien mais découvre par hasard le dessin et la photographie, deux médiums qu’il mélange sans aucune distinction et qui formeront ensuite le pilier de son oeuvre. Installé en Europe pour ses études et aujourd’hui à Lyon, la musique reste très présente dans sa pratique. Son traitement des tirages photographiques est similaire aux différentes versions d’un morceau de musique – d’où l’importance d’une pratique concrète d’atelier qui intègre sans cesse les contingences extérieures et assume les erreurs de fabrication dont l'artiste imite volontairement les effets (papier plié, bâche ondulée, tissu froissé, traces de scanner, marges inégales).

Dossier de presse

Jesús Alberto Benítez