Incursion

Année 2345

Lundy Grandpré

01.01 — 31.12.22
Le 5 mars 2021 a marqué le lancement des incursions de Lundy Grandpré qui vont ponctuer la programmation du CAP tout au long de l’année avec des performances, installations et plein de surprises.

Chère A., 

 

Sur ton invitation, j’occupe l’espace du centre d’art et m’amuse de différentes apparitions au cours de la saison 2022, que j’appellerai année 2345. Un mot est jeté, comme un thème, un fil rouge en quelque sorte : la science-fiction. Le mot fait peur. Un monument d’œuvres des plus glam, au plus mauvais goût, de la culture populaire aux intellectuæls, des machos mascous aux queers pailletæs. Dans ma tête, les références se mélangent, les histoires s’entremêlent. J’apercois Thimotée Chalamet et Zendaya dans le Dune au 165000000 de dollars, les cyborgs de Ïan Larue, les chiens d’Haraway et nos biens chères sœurs Beth Stephens et Annie Sprinkle qui créent de nouvelles narrations avec la science du Vivant. Et toujours la même question : les histoires peuvent-elles nous aider à changer le réel ? 


J’ai pensé à un jardin. J’ai imaginé une pseudo-nature qui aurait repris ses droits. Un espace qui, abandonné par les humains, aurait laissé naitre, sans le savoir et dans la discrétion du béton, un formidable remède. J’ai rêvé un jardin du futur d’où ressurgissent les histoires de nos grands-mères, de nos ancêtres sorcières, les révoltes de nos sœurs. J’ai voulu un jardin post-apocalyptique du passé. Comme la science-fiction d’un Moyen-âge surement un peu rêvé, où vit un monde souterrain empli de magie et de remèdes secrets échangés sous la protection d’une cape sombre et d’un rituel défensif. J’ai voulu laisser pousser ce jardin au cœur du béton et de la dureté de la ville. Une idylle révolutionnairement rêveuse au milieu d’un centre d’art, îlot de privilèges symboliques, rendu inaccessible pour beaucoup. 

La science-fiction potagère sera collective ou ne sera pas. J’inviterai les voisins, les voisines, leurs amiz non genrées et leurs soeurs chiennes ou larves à entrer dans mon laboratoire. Nous écrirons ensemble les histoires de demain. Nous partagerons les récoltes, les semis et boirons ensemble nos médicinales du futur. J’ai l’espoir intime et romantique qu’au détour d’un plant d’Armoise, dans un recoin bétonné, ce seront de nouveaux récits qui se chuchoteront aux oreilles, les confidences intimes qui auront oublié leur portée politique et se dénuderont dans l’oreille des unes et des autres. 

Au-dessus de la vallée de la chimie, flotte une petite odeur de désinvolture sauvage, un parfum de révolte contenu dans les murs protecteurs du centre d’art. Les artistes se croisent et les techniques s’entremêlent. Je mets au défi des camarades à se plier au jeu de la science-fiction. Sur des temps courts, relents rythmés du défunt capitalisme, ils créent farouchement des récits artistiques disruptifs. Peut-être ces projets pourront être montrés au public dans l’espace sacré, le temple du légitime et du symbolique : l’espace d’exposition. 

En 2345, les peuples cyborgs survivants éprouvent leurs corps à travers une bien étrange gymnastique d’un autre temps. Comme une respiration dans un centre d’art rythmé par le ballet des vernissages et des expositions, iels se retrouvent ensemble pour ce que j’appelle encore : yoga. Je propose la transmission de cette pratique et ensemble nous faisons voyager nos consciences dans nos corps après avoir fait bouillonner nos esprits.

Ouvrez les yeux. Dans un coin du centre d’art se cache le témoin de ma présence. Je suis cette carte postale innocente, cette trace du temps passé, cet écrit naïf duquel naitra le végétal. Bien mystérieuse proposition n’est-ce pas ? Elle est à découvrir lors de ma première apparition publique de l’année 2345, ma performance inaugurale, le 5 mars du calendrier pré-cyborg.


En te souhaitant une magnifique année 2345. Une année pleine de surprises, car j’ai gardé quelques idées secrètes, une année à bâtir ensemble, une année pour démolir les normes, prendre soin de soi et des autres et se laisser porter par les étonnements que nous réserve cette rencontre. 

 

2345ment

 

Lundy Grandpré.

Lundy Grandpré

Vit et travaille à Lyon

Site web : lundygrandpre.hotglue.me/

Instagram : @lundygrandpre

Lundy Grandpré est plastician et performaire, artiste à  la pratique  pluridisciplinaire qui développe un travail sur l’altergynécologie, l’écoféminisme et l’anticapitalisme, le mouvement Queer, l’éco sexualité.

 

« Physiquement multiple, virtuellement nombreusœ, sexuellement infini.e, al est un être révolutionnaire queer. » — Lundy Grandpré